Vincent GIUGE- Entrepreneur/rénovateur pour glaces d’exception


Vincent a remis sur pied une entreprise en faillite qui proposait un produit unique, à la manière d’un passionné retapant une vieille bâtisse riche en histoire et remplie de trésors.

Vincent Giuge, c’est ce genre d’homme à projets qui a appris l’entrepreneuriat sur le tas. Le genre d’entrepreneur qui se donne pour mission de faire briller l’entreprise pour réussir à faire grandir tout le monde : lui, ses employés, et le marché. Un challenge personnel à bénéfices collectifs.

C’est à Guangzhou, à deux pas de la station de métro Lujiang – à 10 minutes à pied de chez nous- que nous visitons l’usine de production de Cornucopia.

L’emplacement est insoupçonnable, et pourtant on passe devant 3 fois par semaine. Impossible d’imaginer qu’une crème glacée premium y est confectionnée. 17 employés nous sont présentés tours à tours. Très vite, on fait le parallèle avec La Roumanière (confitures artisanales produites dans le cadre d’un CAT à Robion, Vaucluse) : le genre de petite entreprise qui peut se permettre de voir grand grâce à un produit original et d’excellence dont on ressent rapidement l’intervention de l’homme et son savoir-faire.

SOMMAIRE

Ø Parcours

Ø Produit

Ø Analyse de la situation et décisions managériales

Ø Clients, consommateurs, et concurrents : les acteurs de ce marché

Ø Travailler avec les chinois

Ø Conseils pour entreprendre

Ø Dégustation

Le produit Cornucopia

PARCOURS

Vincent GIUGE a suivi un parcours atypique. Après un DUT, il s’est lancé tour à tour dans la création et la gestion de plusieurs activités en France, jusqu’à décider de tout plaquer pour tenter sa chance en Asie. Ses 10 années en tant que salarié puis dirigeant au Vietnam lui ont permis d’accumuler suffisamment d’expérience, de compétences, et de trésorerie pour finalement accepter une opportunité en or qui se présentait à lui en Chine, celle de racheter l’entreprise Cornucopia qui battait de l’aile mais produisait une glace de haute qualité. C’est en 2010 que Vincent a su saisir sa chance.

« Un ami avec qui j’avais l’habitude de jouer au foot m’a un jour parlé de son entreprise, Cornucopia, qu’il avait lancé 5 ans auparavant, et qui tombait peu à peu en ruine. Puisqu’il savait que je cherchais une boite à reprendre, il m’a proposé de venir à Guangzhou pour la visiter, ce qui m’a permis de faire un état des lieux de la situation avant de me décider. »

Comment s’est déroulée ton arrivée au poste de Directeur de l’entreprise ?

« J’ai effectué une augmentation de capital de 35 000$ grâce à des acquis financiers que j’avais accumulé lors de mes précédentes expériences professionnelles. J’ai effectué cette évaluation sur la base de la valeur de la clientèle existante, de la qualité du produit et des outils de production. L’entreprise ne disposait d’aucun actif immobilier, les bureaux étant loués, et l’équipement déprécié.

En devenant partenaire et nouveau directeur général, j’ai ainsi hérité de l’ensemble de la société : le bail, les équipements, l’image de la marque, la clientèle existante mais aussi les salariés et naturellement ma partenaire chinoise Queency Wang qui sont là depuis le début. »

LE PRODUIT

Dès le début de notre discussion, Vincent a tenu à préciser une chose importante :

« Nous ne vendons pas en B to C (business to consumer) mais uniquement en B to B. Le produit est un produit de haute qualité, un produit d’exception. Il n’est pas destiné au mass market, mais à une clientèle professionnelle qualifiée dans le secteur du Food and Beverage. »

La glace Cornucopia est unique. Qu’est ce qui la rend meilleure que les autres ?

Depuis les origines de Cornucopia, notre crème glacée a toujours été la force de cette entreprise. C’est le produit qui défini tout le reste. Si Cornucopia produit une glace hors du commun, c’est grâce au savoir-faire français d’Antoine Sorroche (mon partenaire français et véritable fondateur de l’entreprise), une main d’œuvre chinoise qualifiée qui assure la production, ainsi qu’une grande rigueur et une éthique dans le choix des produits, mais aussi et surtout grâce à des secrets de fabrication bien gardés !

Nous produisons une gamme de 38 parfums uniques. Des crèmes glacées et des sorbets. Des classiques et des créations maison. Notre produit est excellent. Il est également ultra compétitif tant sur le plan qualitatif qu’en termes de prix, car il s’agit d’un produit rare aux vues des bénéfices que son goût apporte aux clients professionnels de la restauration et de l’hôtellerie.

Notre produit, c’est 0 additifs, 0 colorants, 0 aspartames. Nos glaces contiennent moins de 12% de matière grasse. Nous choisissons nos fruits dans toute l’Asie et n’hésitons pas à aller à l’encontre des grands standards: notre vanille est excellente et ne provient pourtant pas de Madagascar mais de l’île de Hainan, en Chine du Sud.

A chaque fois, nous nous assurons que le fournisseur et ses produits sont certifiés par le label « Quality Safety», et vérifions les certificats qui nous informent du % en eau, en sucre et en fruit de chaque denrée.

Quant au lait que nous utilisons, il est made in China et nous en sommes fiers ! Il provient de la société Illy, le plus gros producteur laitier chinois. Est-il utile de préciser que nous veillons à ce que le taux de mélanine soit strictement égal à 0% ? Nous faisons confiance aux fournisseurs avec lesquels nous travaillons, mais pas les yeux fermés pour autant. Naturellement nous utilisons de la crème en provenance d Allemagne et de Nouvelle Zélande ce qui nous permet d’enrichir considérablement la texture de nos créations glacées.

Comment assurez-vous aux clients et aux consommateurs que vos glaces sont de qualité, et qu’elles ne contiennent rien de dangereux ?

Tous les trois mois, nous recevons la visite du Quality Security Bureau, une instance politique chinoise très sérieuse chargée des contrôles d’hygiène et de sécurité dans toute l’industrie agro-alimentaire du pays. Elle collecte des échantillons par prélèvement. Elle vérifie la composition du produit et le respect des normes d’hygiène requises.

Dans un souci de transparence, nous indiquons la composition de toutes nos glaces et rendons les documents et certifications disponibles sur demande à nos clients.

Nous souhaitons conquérir le marché tout en offrant un produit ne portant pas atteinte à la santé des consommateurs.

Mais à vrai dire, les meilleurs ambassadeurs de la qualité de notre produit, ce sont les chefs cuisiniers d’Hôtels 5 étoiles avec qui nous travaillons. Ils ont une solide expérience à l’international et un palais très exigeant. Les entendre affirmer que notre produit dépasse largement ceux de grandes marques telles que Häagen Dazs ou Mövenpick en termes d’excellence, c’est nous donner la confirmation que nous avons atteint un excellent  niveau.

Notre glace, elle, fond à température ambiante, contrairement à celles des grandes marques qui ajoutent toutes sortes de stabilisants. Et généralement, lorsque leur glace fond, les ingrédients et l’eau se dissocient. Pas la nôtre. En fait, la glace Cornucopia, elle caresse habilement ton palais sans pour autant s’y incruster pendant 20 minutes, ce qui révèle à la fois de la finesse et de la complexité : troisième preuve qu’une glace est composée de produits naturels.

ANALYSE DE LA SITUATION & DECISIONS MANAGERIALES

A ton arrivée, il t’a fallu tout reprendre à zéro. Peux-tu nous donner quelques exemples de décisions managériales importantes ?

J’ai commencé par faire un état des lieux de la situation pour pouvoir prendre rapidement les décisions qui s’imposaient.

Se spécialiser, ne pas s’éparpiller

J’ai directement remarqué leur tendance à la dispersion. C’est très chinois : ils veulent faire de tout, quitte à négliger la qualité pour occuper plusieurs segments. Ils ont ainsi perdu en cohérence et ne développaient aucune expertise précise.

> J’ai décidé de nous concentrer sur notre domaine d’expertise initial, la production de glace, dans une démarche de spécialisation. On sous-traite tout le reste, ce qui nécessite moins de trésorerie et nous permet de nous focaliser sur notre activité, pour être encore plus pro sur le petit segment que nous occupons. Et puis le mass market et le BtoB représentent des besoins de stockage et de management différents, donc une dispersion à tous niveaux. Ensuite, j’envisage un développement étape par étape, sans se précipiter : on pensera peut-être à l’exportation un jour, mais chaque chose en son temps.

Distribution et ciblage de clientèle

Les canaux de distribution et le targeting étaient inadaptés : ils distribuaient le produit en mass market tout en le positionnant à un prix trop élevé pour le consommateur lambda, et cela sans même avoir les moyens financiers de définir une image marketing adaptée et percutante. Et puis, le mass market ne correspond pas tellement à l’image d’un produit de qualité premium. La place de distribution du produit doit correspondre à son image.

> J’ai identifié un marché de niche sur lequel nous sommes positionnés aujourd’hui, en distribuant en B to B (=vente uniquement à des entreprises) à des clients prestigieux dont l’image, une fois associée à notre produit d’excellence, contribue à mettre en avant son caractère unique et premium.

Un encadrement physique

Mon partenaire français Antoine manageait à distance, en habitant au Vietnam. Or les chinois ont besoin d’être encadrés et suivis. Il se retrouvait à ne faire que de la gestion de crise pour redresser la barre avant qu’il ne soit trop tard.

> Je travaille sur place et, même si je les sais compétents, je garde un œil sur absolument tout. Ma règle d’or, c’est Communiquer > Expliquer > Démontrer. Ainsi, mes employés m’écoutent et me font confiance, car je leur démontre toujours pourquoi mes décisions sont les bonnes.

Rechercher de nouveaux clients

L’ancienne équipe commerciale était découragée et manquait cruellement de bonne volonté. Ils se plaignaient d’être handicapée par la soi-disant trop forte concurrence de Häagen Dazs.

> Pour repartir à zéro, je me suis séparé de l’équipe commerciale et suis parti seul, arguments et ambition sous le bras, pour faire de la prospection ciblée en marketing direct. J’ai repris le carnet de contacts clients existants, et j’ai considéré que si il y avait déjà un client Sofitel dans la liste, il n’y avait pas de raison que les autres Sofitel et hôtels 5 étoiles ne soient pas également intéressés par notre produit. Systématiquement, j’ai exploré toutes les pistes qui étaient validées par le passé commercial de l’entreprise.

Repenser le manque de trésorerie, gérer la crise

Les outils de production étaient sous exploités et dépréciés, et les locaux étaient mal tenus, encombres de tas de choses devenus inutiles, sans réelle organisation. Un certain nombre de staff ne servait à rien ou n’avaient pas les compétences requises. Des tas de projets de corners à glace et de développement d’image marketing étaient à l’œuvre sans aucune réelle logique, sans discipline et surtout sans moyens. Enfin notre image marketing était désastreuse, vieillotte, mal adaptée.

> J’ai tenté de remettre en état les locaux tant bien que mal et avec les moyens du bord,  j’ai préféré abandonné tous les investissements marketing en cours et tous les projets de développement retail pour investir avant tout dans de nouvelles machines de production et dans le développement commercial direct.

Mon objectif était avant tout de valider le produit sur un marché ou nous étions inexistant. Ensuite, il fallait reconstituer une trésorerie car mon capital ne pouvait être utilisé tant que le bureau du commerce n’avait pas accepté la nouvelle structure juridique, et nous manquions de fonds. Enfin, il fallait démontrer à toute l équipe que l’entreprise était viable, que le produit était bon et que nous avions une chance de réussir.

Comme nous n’avions pour seule richesse que le produit lui-même, j’ai tout misé sur celui-ci en décidant que le produit seul serait l’image de notre entreprise.

Quant au site internet, on y retouchera quand l’image de notre société sera bien définie, et quand on aura réuni les moyens financiers nécessaires pour travailler avec de vrais pros de la communication. Je considère que c’est notre produit et les clients qui l’adoptent qui construisent notre image petit à petit.

Quels résultats as-tu d’ores et déjà obtenu par la mise en place de telles stratégies de développement ?

Les employés chinois n’étaient pas nécessairement responsables de l’échec de l’entreprise. Le responsable est toujours le Leader et non les subordonnées. Mes partenaires occidentaux n’avaient pas fait l’effort de communiquer, d’expliquer et de s’adapter à leur marché et à leur environnement. Ils avaient abandonné la direction à notre partenaire chinoise qui, bien que pleine de courage et de bonne volonté, se retrouvait seule et sans expérience business solide.  Lorsque je suis arrivé, la trésorerie était à 0, et le Chiffre d’Affaires 2010 s’élevait à moins de 900 000 RMB. Fin 2011, nous atteindrons 3 500 000 RMB de CA.

Une telle croissance est gourmande en cash, il faut alimenter le développement commerciale car il est nécessaire d’équiper chaque client développé, sans compter les besoins en stockage et les conditions de paiements.  Ce qu’on gagne est directement réinvesti dans la recherche de nouveaux clients. Et puis, étant une petite structure, on a un très faible pouvoir de négociation avec nos fournisseurs.

Un ami s’est alors récemment penché sur nos chiffres, et il nous conseille carrément de ralentir notre croissance et de commencer à consolider nos acquis. Un développement mieux contrôlé, des marges consolidées et améliorées, une productivité accrue, ainsi que la constitution d’une trésorerie solide sont désormais nos nouveaux objectifs. Il nous faut désormais mieux choisir nos clients, quitte à en refuser certains, pour travailler avec de meilleures marges et accroitre le business qualitativement.

 ACTEURS DU MARCHE : CLIENTS, CONSOMMATEURS, CONCURRENTS

Qui sont tes clients ? Évidemment, leur satisfaction passe avant tout. Considères-tu qu’elle est désormais ton premier atout ?

L’an dernier, 96% de notre clientèle renouvelait son contrat avec nous. On peut parler d’un effet de fidélisation, et d’une satisfaction client.

Nous distribuons notre glace en grande partie sur le Guangdong à Guangzhou,  Shenzhen, Foshan, Dongguan, mais nous avons aussi des clients a Beijing, Shanghai, Chengdu, Qingdao , Xi An.

Nos clients sont :

  • Des hôtels 5 étoiles  (Sofitel, Sheraton, Four Seasons, Grand Hyatt, Marco Polo)  A Guangzhou, nous travaillons avec 6 hôtels 5 étoiles dont le nouveau Sheraton qui vient d’ouvrir.
  • Des restaurants et cafés bars qui proposent de la cuisine occidentale ou fusion occidentale/chinoise.  A Guangzhou,  cela représente pas moins de 100 restaurants et cafés dont le ParisJie, le Lutèce, le St Tropez, La Seine, la pâtisserie Chéries… Nous aimerions, dans un avenir proche, pénétrer le segment des restaurants traditionnels chinois haut de gamme.
  • Des chaines de bakeries (boulangeries)

Dans les hôtels et restaurants, le vrai client à convaincre, c’est l’Executive Chef. Nous travaillons directement avec lui. Il est le décisionnaire et a toujours le dernier mot dans les produits choisis pour les menus. Un chef peut être amené à gérer un budget de plusieurs millions de dollars et une équipe d’une centaine de personnes, soit une véritable PME.

Maintenant, nous sommes entrés dans une démarche plus qualitative dans la sélection de nos clients. Le but est d’avoir une grande force de frappe commerciale au départ et de réduire le nombre de clients à l’arrivée, à l’image d’un entonnoir.

Comment réagissent les consommateurs chinois face à ton produit, et qui sont-ils ?

Culturellement, les chinois ne sont pas des consommateurs de desserts en fin de repas et n’ont pas cette tradition de la pâtisserie comme on peut l’avoir en Europe, bien qu’ils aient une solide culture du grignotage. Mais cela change, ils apprécient de plus en plus les produits occidentaux, et l’évolution de leurs revenus leur permet également de s’offrir un plus large choix dans leur alimentation.

Nous visons la classe moyenne qui se développe peu à peu. C’est un marché en plein boom. Je dirais que les principaux consommateurs de glace en Chine sont les jeunes générations, de 7 à 45 ans. Au-delà, ce sont des générations trop attachées à des principes de santé très répandus en Chine selon lesquels les aliments trop chauds ou trop froids perturbent la température du corps.

Comment parviens-tu à conquérir de nouveaux clients ? Quelle  valeur ajoutée leur proposes-tu ?

Lors d’un rendez vous client, je commence directement par présenter et faire goûter notre produit. La qualité parle d’elle-même et le client, généralement connaisseur, est ensuite plus enclin à m’écouter, et à aborder une négociation prix.

J’ai deux forces de frappe principales:

  • « C’est votre produit » ! Nous donnons la possibilité au client d’associer son identité (Sofitel, Four Seasons…) au produit en apposant son nom sur la carte ou en l’agrémentant de son propre packaging. Nos glaces sont livrées dans des bacs au packaging neutre, blanc. Une fois que le produit est vendu au client, c’est le sien, il lui appartient. La glace ne sera pas bandée « Cornucopia ».
  • « Servez des glaces à l’image de votre prestige ! » Notre argumentaire est simple et efficace : Les marques classiques que l’on retrouve dans les grands hôtels, telle que Häagen Dazs, sont également vendues en mass market dans les supermarchés. Proposer Häagen Dazs au Sofitel, c’est manquer de cohérence : une boule de glace dans un hôtel ou dans un restaurant peut être revendue jusqu’à 60RMB. Croyez-vous que le client va être ravi de retrouver cette même glace au 7 Eleven, au coin de la rue, 3 fois moins cher ? Pour moi, on ne peut pas se positionner luxe tout en étant vendu en mass market. C’est pourquoi nous leur réservons notre produit de haut niveau dont l’image est en adéquation avec le positionnement d’un hôtel de luxe.

Tu parlais tout à l’heure de sous traiter tout ce qui ne concerne pas la production et la distribution de la glace, qu’entends-tu par là ?

Aujourd’hui, une entreprise se doit d’apporter des services complémentaires au produit qu’elle propose afin de se différencier de ses concurrents. Sinon pourquoi le client aurait-il intérêt à travailler avec toi plutôt qu’un autre ?

Par conséquent, on propose au client un accompagnement marketing sur le positionnement prix chez lui, la production de supports pour le lancement du produit, la personnalisation du packaging. On le met également en relation avec nos fournisseurs Logistique pour ses besoins en équipement de réfrigération. On lui propose un Training continu sur la présentation et la conservation du produit. Nous fournissons aussi des équipements de façon gratuite mais bien sur nous obtenons des engagements commerciaux à long terme.

Et puis on effectue un suivi régulier de ses besoins en termes de livraison, de gestion de stock, de problématiques consommation… On reste disponibles, et à l’écoute.

On est désormais dans une logique de partenariat avec nos clients. C’est plus qu’un simple acheteur de nos glaces, car nous travaillons ensemble dans un but commun. Nous accompagnons le client afin qu’il maximise son profit.

Qui sont les concurrents directs de Cornucopia, et comment appréhendes-tu la concurrence ?

New Zealand Natural Ice Cream ainsi que Ice Talk sont de sérieux concurrents dans la mesure où ils proposent un produit de bonne qualité. Viennent ensuite Häagen Dazs et Mövenpick, des concurrents au pouvoir marketing extravagant.

Il s’agit d’être vigilant, et d’identifier les futurs potentiels concurrents qui veulent se positionner sur le même segment. Être à l’écoute du marché, et savoir qu’ils sont là.

Mais je ne crains pas la concurrence ! Au contraire, je la valorise et la remercie ! Car en réalité, sur un tel marché de niche, cela stimule la demande. A partir du moment où tu as des concurrents qui te rejoignent sur ce nouveau marché, tu deviens Leader. Le marché change, et tu restes challengé. Et puis, ça signifie que tu es au bon endroit, que tu as décelé une vraie opportunité et un marché en expansion, sinon personne ne te suivrait.

TRAVAILLER AVEC LES CHINOIS

Tu diriges une équipe constituée à 95% de chinois. Comment cela se passe-t-il, et quels enseignements en retires-tu ?

Travailleurs, sérieux, droits, honnêtes et respectueux de leurs engagements sont les qualités que j’attribue aux chinois.

L’entreprise est composée à 95% de chinois, et sans eux, je ne suis rien, je peux rentrer en France. J’ai conservé la majeure partie de l’ancienne équipe et je veux qu’ils grandissent avec la société et se sentent impliqués dans sa réussite. Je préfère travailler avec moins de gens   – nous ne sommes que 17 à travailler ensemble – quitte à payer un peu plus cher pour avoir des gens compétents.

Mais le fait de manager une équipe chinoise demande de prendre en compte certains facteurs:

– Leur niveau de formation et de culture : A l’école, les chinois n’apprennent pas à réfléchir, ils ont appris à retenir les choses par cœur, et à appliquer. Je force mes employés à s’ouvrir et à travailler avec des partenaires externes, afin qu’ils gagnent en responsabilité.

En Chine on ne sait pas dire « non ». Par exemple, un chinois n’admettra pas à son client que le délai de livraison qui lui est demandé ne pourra pas être respecté, ou qu’une demande ne pourra être satisfaite. Dire « je ne sais pas » n’est pas chinois non plus, ils préfèreront souvent raconter des choses fausses plutôt que d’admettre qu’ils n’ont pas l’information.  Je leur apprends à être transparents, honnêtes, et à identifier les explications pertinentes à fournir dans de telles situations.

La réaction face à l’erreur : La Chine n’a pas cette culture de la perfection comme on a en Europe. Ils sont dans l’à peu près et ne font pas attention aux détails, donc parfois ils font des erreurs mais ne savent pas les reconnaître !

Aujourd’hui j’ai une équipe volontaire, intelligente et surtout motivée ! Le chemin a été long mais lorsque je dis quelque chose, ils me suivent parce que nous nous faisons confiance les uns les autres. Avec mon associée par exemple, nous avons eu des débuts difficiles, on ne se comprenait pas. Aujourd’hui, on s’écoute, on apprend de l’autre, on sait admettre nos erreurs. Elle m’a prouvée qu’elle était une bonne vendeuse. C’est une femme respectée, General Manager d’une entreprise qui tourne bien, elle peut être fière d’elle-même et marcher la tête haute. C’est important pour un chinois.

Finalement, je pense que j’ai de meilleurs résultats qu’avec une équipe équivalente française !

CONSEILS POUR ENTREPRENDRE

En guise de mot de la fin, quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaitent entreprendre, en Chine ou ailleurs ?

D’abord, quelqu’un qui souhaite entreprendre en Chine doit apprendre à connaître le pays, sa population, son environnement, et doit être capable de la défendre, de valoriser ses plus belles facettes.

A vous deux, je vous conseille de rester en Chine, de concrétiser ce début d’aventure qui fera la différence plus tard. Vous avez saisi l’opportunité de mettre les pieds en Chine, pourquoi ne pas passer un an à Beijing pour apprendre le chinois à temps plein, et revenir en France en parlant anglais et chinois couramment ? Et puis, il vous faut être au contact du marché, pour aller au delà des connaissances théoriques que vous développez actuellement à l’université. Sans quoi tu ne sais rien de ce qui s’y passe. La Chine, c’est un nouveau marché ouvert depuis à peine 20 ans. Il y a tout à apprendre.

Quant à entreprendre dans son propre pays, je considère que c’est avant tout se munir d’une responsabilité vis à vis de son pays. Il faut agir dans une démarche de transmission. En l’occurrence en France et en Europe, les entrepreneurs ont une culture de l’excellence. Mais j’espère que la nouvelle génération, la vôtre, sera plus entreprenante que la notre. L’entrepreneur est celui qui fait vivre le monde. C’est celui qui donne du travail aux autres, à la différence des nos gouvernements. On nous rabâche de belles paroles sur le socialisme et on stigmatise le capitalisme et les entrepreneurs qui se gavent sur le dos de leurs employés, mais à ce que je sache, donner du travail aux gens, c’est une des priorités du socialisme.

DEGUSTATION 

Au cours de l’interview, Vincent nous propose de déguster ses glaces.

Les échantillons de dégustation

Les échantillons sortent directement de la zone de production à -25°C, comme tous les échantillons qui sont dégustés en rendez vous commercial.Voici nos impressions !

Il y a d’abord le plaisir des yeux, car la glace doit fondre légèrement avant d’être dégustée afin que tous les arômes se dégagent (puisque le froid annihile le goût). Notre premier constat, c’est que les glaces ont des couleurs vives, éclatantes et pourtant sans colorants !

Nous commençons la dégustation par la Vanille, la reine des crèmes glacées, celle qui définit un glacier. C’est la raison pour laquelle le Chef demande toujours à goûter ce parfum en premier lors d’un rendez-vous client.

S’en suivent ensuite : la Mangue, juste du fruit pur, sans sucre ajouté ; la Myrtille, qui est aussi onctueuse qu’un yaourt ; une crème glacée au Chocolat au lait des plus surprenantes; un mélange Fraise/ Blueberry / Framboise riche en fruits ; et une Poire Williams dont les petits granules caractéristiques de la poire se baladent sur notre langue.

Tous les parfums sont excellents et certains surprenants par leur onctuosité et par leur ressemblance avec le fruit d’origine.

Ce qui nous frappe, c’est la pureté et la noblesse de cette glace. Les arômes sont intenses en bouche et de courte durée, car justement, c’est un goût naturel, sans additif. Inconsciemment,cela donne envie d’en manger encore et encore.

Rendez-vous dans tous les meilleurs restaurants et hôtels de Chine pour en savourer l’excellence.