Oser braver l’Emei Shan


Je me présente, Emma, comparse de Lila, Hugo, les deux auteurs de Rions Cantonais, et William (dernier chroniqueur en date- cf. Article sur Xiamen), également entraînée dans cette folle aventure qu’est ce semestre d’études à Guangzhou.

Alors pourquoi cet article ? Tout simplement parce que j’ai eu la chance de me mesurer à l’une des 4 montagnes sacrées du bouddhisme en Chine, chance que malheureusement nos 2 fondateurs de Rions Cantonais n’auront sûrement pas faute de temps et de conditions climatiques favorables. S’agissant d’une expérience hors du commun, nous avons choisi de la partager avec vous.

L’EmeiShan, tout d’abord, est, comme je l’ai déjà mentionné, une montagne (« Shan » signifiant « montagne » dans la langue de … de … de Mao) située aux confins de la Province du Sichuan, l’une des régions les plus proches du Tibet, tout autant géographiquement (si vous ne parvenez pas à vous repérer, c’est par ) que culturellement.

Statue à 3 têtes au Golden Summit, 3079m d’altitude

Pour en revenir à notre montagne, il s’agit de la plus haute des 4 montagnes sacrées, dont le sommet, le Golden Summit, culmine à quelques 3079m d’altitude.

Voici mon histoire. Après quelques jours à arpenter les points d’intérêts de la Province (Chengdu et Leshan) avec Anne-Valérie, ma compagne de voyage, nous avons décidé de nous attaquer à l’ascension de ces fameux 3079m. Pour s’y rendre, un bus depuis Chengdu ou Leshan ne vous coûtera presque rien, si ce n’est un peu de temps pour acheter le billet de bus, surtout pour les non-bilingues… Arrivée donc dans la ville d’Emei plutôt aisée, c’est après que ça se complique.

30km d’escaliers menant vers la brume

Il faut savoir qu’il existe beaucoup d’alternatives pour se rendre au sommet : 3 arrêts de bus vous mèneront ainsi soit au pied de la montagne, soit 2km plus loin, soit à quelques km du sommet. A quoi s’ajoutent 2 téléphériques, l’un en bas, le second entre la dernière station et le Golden Summit.

Autant vous dire que nous sommes en Chine, et que là où il y a des stations de bus, il y a des Chinois qui prennent des photos… Beaucoup de Chinois.

Mais nous ne sommes pas Chinoises, et avons donc opté pour l’alternative la plus enrichissante, la plus intéressante, et surtout la plus inconsciente, l’ascension à pied.

Prières bouddhistes dans un paysage brumeux dénué de couleurs

Ce sont donc 30km de marches constituant un escalier incessant qui nous menèrent au sommet, et bien sûr, 30km qui nous ramenèrent à la terre ferme.

Les premiers km sont plutôt simples et accessibles, sûrement l’un de ces leurres qui vous fera croire que c’est facile, mais après la visite plutôt tranquille du 1er temple (il y en a environs une quinzaine sur le site), les choses se gâtent : escaliers semblables à des murs de pierre, pluie, brume, froid, effort intense, manque d’air, pas de station de bus à l’horizon, jour qui se couche à 18h. Bon ok, cela paraît totalement irraisonnable. Fort heureusement, il est possible de se loger dans un monastère pour une cinquantaine de RMB par personne (un peu moins de 6€), dans des conditions somme toute précaires. Ai-je en effet précisé qu’il fallait au minimum 2 jours pour gravir la montagne et la redescendre ?

Monastère Elephant Pool, 2080m d’altitude

Cela parait également un peu fou, mais au final, malgré ces conditions déplorables, ce sont des dizaines de sentiments inoubliables qui vous submergent, entre la fierté d’avoir atteint ce sommet, tous ces temples visités, tous ces moines bouddhistes et singes croisés (attention, je ne fais là aucune analogie), ces petits marchands disséminés un peu partout sur le chemin, vivant avec presque rien ; entre cette brume mystique et la beauté naturelle qu’elle laisse entrevoir au petit jour, oui, tout cela vaut bien ces efforts, ce dépassement de soi-même et de ses limites.

Au sommet de l'Emei shan

Alors, aux plus courageux d’entre vous je dirais munissez-vous de courage, d’une carte, de 80 RMB pour l’entrée (environs 9€), d’une lampe torche et de vos jambes, de quelques affaires bien chaudes (ne faites pas la même erreur que nous, laissez votre gros sac à dos en bas, à la consigne !), et osez braver l’EmeiShan, il en vaut largement la peine !

Emmanuelle Perrin, pour Rions Cantonais

NDLR : Pour plus de photos, découvrez l‘album photo d’un autre étudiant en échange